Fostex RD-8

Verdict

Qualité sonore : 88% - 1 Votes
Ergonomie : 79% - 1 Votes
Rapport Qualité / Prix : 70% - 1 Votes

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Compatible ADAT, le RD-8 Fostex est un magnétophone huit pistes numérique équipé de toutes les options de synchronisation nécessaires et suffisantes pour conquérir les studios de postproduction.

Indubitablement, en matière d’enregistrement numérique multipiste bon marché sur bande magnétique, Alesis a décroché la timbale. Avec plus de 20 000 ADAT vendus à travers le monde en un peu plus d'un an, autant dire que la société américaine a réalisé une belle performance. Le marché visé, en dépit des fonctions de synchronisation qu'offre la télécommande de la marque, la BRC, ou les dataMaster et CuePoint JLCooper, reste toutefois essentiellement celui des home studios et des musiciens.

Rivaux de longue date dans divers domaines, Tascam et Fostex ont réagi à la sortie de l'ADAT chacun à leur manière. Tascam a tiré le premier, en commercialisant en avril dernier une machine à son propre format, le DA-88. But de la manœuvre : chercher, avec pour handicap quelques mois de retard, à occuper le même terrain qu'Alesis, et parallèlement, par l'adjonction d'une carte de synchronisation, la SY-88, à s'infiltrer dans le milieu du son à l'image.

Pour espérer remporter des parts de marché, la seule solution pour Fostex, arrivant après la bataille, consistait à adopter une tout autre stratégie : à mettre tous ses œufs dans le même panier en jouant la carte de la spécialisation à outrance. Et quelle est donc la spécialité du chef ? La synchronisation bien sûr, comme en témoignent notamment les D-20, D-20B, PD-2, D-30, MTC-1, MTC-1B et 8330. Pour gagner du temps, compte-tenu de la difficulté qu'aurait éprouvée la firme à refaire en deux coups de cuillère à pot le même travail qu'Alesis ou Tascam (soit plus de deux ans d'investissement), l'idée d'acheter une base technologique existante, en l'occurrence celle de l'ADAT, pour y adjoindre un synchroniseur évolué, fit son bonhomme de chemin. Sachez dès à présent, pour devenir l'heureux propriétaire du fruit de cette alliance, le RD-8, qu'il vous faudra débourser 4 950 € hors taxes.

Profitant d'une courte période séparant l'arrivée en France de la première machine de son départ pour le SATIS, nous nous sommes rués chez l'importateur avec une promptitude qui nous honore, pour passer quelques petites heures en compagnie de ce nouveau fleuron de la technologie.

Libre échange

Tout ce qui a trait au transport de bande (fonctions eue, review, considérations sur les modes engagé, désengagé…), au formatage, au monitoring, aux crossfades (lors des punch-in/out) et à divers autres sujets, a déjà été décrit dans le banc d'essai de l'ADAT (cf. KB HSR 3). Nous n'y reviendrons pas.

Ceci étant, la compatibilité entre le Fostex et l'Alesis ne se borne pas à quelques caractéristiques communes et au simple échange de cassettes S-VHS. En effet, le RD-8 est supposé s'accommoder de tous les produits, logiciels et matériels, conçus par les constructeurs ayant adhéré au groupe ADAT. D'ailleurs, en désossant la machine, on constate qu'un bon nombre de circuits sont signés Alesis.

Cette compatibilité explique que Fostex n'ait pas jugé opportun de développer ses propres périphériques, puisque vous aurez tout loisir d'acheter ceux d'Alesis (BRC, AI-1….), ou de n'importe quel autre fabricant du groupe (comme par exemple l'ADAT Interface de chez Digidesign, dédiée au transfert de huit canaux audionumériques entre ADAT/RD-8 et Pro Tools).

Sans l'aide d'aucun synchroniseur (rien qu'en tirant des câbles entres les prises « sync in » et « sync out » des appareils), vous pourrez d'autre part relier en cascade jusqu’à 16 RD-8/ADAT, pour former un environnement à la carte d'au plus 128 pistes. Certains petits malins, pour se constituer à moindre frais un multipiste capable de se synchroniser, ne manqueront pas d'investir dans un seul RD-8, pour y asservir autant d'ADAT que désiré.

Connexions

En face arrière, si l'on excepte les prises réservées à la synchronisation (patience…), on découvre des entrées/sorties analogiques (asymétriques en RCA, symétriques en D-Sub 25 broches) et numériques (véhiculant l'ensemble des huit canaux, au format Alesis, via des câbles en fibre optique). En ne se raccordant qu'aux entrées RCA 1 et 2 (ou 1, 2, 3 et 4), ces dernières arroseront respectivement les pistes 1/3//5/7 et 2/4/6/8 (ou 1/5, 2/6, 3/7 et 4/8). De quoi satisfaire les possesseurs de consoles ne disposant que de deux ou quatre sous-groupes.

En poursuivant nos investigations, toujours au dos du RD-8, nous sommes tombés sur une sortie Meter Bridge (pour raccordement du bandeau de VU-mètres Alesis, le RMB), ainsi que sur deux entrées jack, la première servant à brancher une pédale de punch-in/out et la seconde, une pédale locate/play (toutes deux étant par ailleurs prévues pour recevoir une petite télécommande livrée avec l'appareil, la 8312).

Fostex RD8

Transport à grande vitesse

On reproche souvent à l’ADAT, en l'absence de BRC, de ne pas proposer de fonctions très évoluées (même l'auto- punch n'est pas de la partie). Un point sur lequel Tascam se débrouille déjà beaucoup mieux , sans toutefois égaler Fostex. Ainsi, avec le RD-8, vous bénéficierez de cent locators (ils se programment à la volée - avec incrémentation automatique du numéro de la mémoire dans laquelle ils sont stockés -, se saisissent manuellement, s'éditent), d'un retour à zéro, d'un varispeed (± 6 %), d'un punch-in/out automatique (rehearsal compris), d'une fonction auto return (arrivé au point de fin, on retourne au point de départ), auto play (passage en lecture à la suite d'une localisation, ce qui, en conjonction avec l'auto return, autorise la création d'une boucle), de la définition d'un temps de post roll (qui concerne l'arrivée au point de fin, en mode auto return), de pre roll (qui concerne toute localisation, y compris en mode auto return), d'une limite (portion de bande en-dehors de laquelle il devient interdit de travailler), etc.

En mode d'enregistrement, contrairement à l'ADAT, rien n'empêche d'effectuer des punch-in/out indépendamment pour chaque piste, en appuyant sur les touches « track enable »· Seule limitation : l'impossibilité, pour une piste, de passer du mode de lecture au mode d'enregistrement, ou vice versa, lorsqu'une autre piste, durant les 11, 21, 32 ou 43 millisecondes précédentes (selon le temps de crossfade sélectionné), viendra elle-même de passer du mode de lecture au mode d'enregistrement, ou vice versa. Vu ?

Signalons par ailleurs la présence d'un commutateur permettant de sélectionner la fréquence d'échantillonnage désirée : 44,1 ou 48 kHz (alors que l'ADAT ne dispose que du 48 kHz, et que le DA-88 contraint l'utilisateur à choisir entre l'une de ces deux fréquences avant de formater la bande).

Savoir se caler

Avant d'étudier les fonctions destinées au marché du son à l'image, qui font du RD-8 un maître et un esclave hors pair, rappelons, dans un environnement de type postproduction, que l'on distingue deux types d'asservissements : celui du transport (basé sur un code SMPTE), mais aussi, moins connu des musiciens et néanmoins indispensable, celui des convertisseurs (calage de la fréquence d'échantillonnage en fonction d'une référence externe). Pour des raisons dont les explications dépassent largement le cadre de cet article, retenez qu'il n'est pas recommandé d'asservir un magnétophone numérique à un code SMPTE sans asservir parallèlement l'horloge de ses convertisseurs.

Sur ces bonnes paroles, voici la liste des connecteurs en rapport avec la synchronisation : entrée/sortie SMPTE (au format XLR, pour le code « longitudinal », dit LTC), entrée/sortie MIDI, entrée/sortie « word clock » (au format BNC), entrée vidéo (au format BNC, elle aussi) et prise RS-422. Conforme au protocole Sony, cette dernière permettra au RD-8 de se comporter comme un BVU950 (de l'émuler, dit-on dans les milieux autorisés que nous fréquentons quotidiennement), c'est-à-dire en clair, d'être esclave d'un banc de montage vidéo, tant en ce qui concerne la synchronisation que les commandes de transport. En cours de développement, cette émulation n'est pas encore opérationnelle.

A l’image

Au cœur du synchroniseur du RD-8 se trouve le générateur. Accrochez-vous bien, car nous voici pris d'une envie d'exhaustivité : si l'on examine le synoptique ci-contre, on s'aperçoit que ledit générateur peut recevoir soit un code externe (via l'entrée XLR, sous forme LTC, via l'entrée vidéo, sous forme VITC, ou, comme nous y faisions allusion, via RS-422), soit un code interne, dérivé de « l’absolute time » inscrit au moment du formatage (que l'on « offsetera » si nécessaire, en programmant une quelconque heure de départ), ou directement issu d'une neuvième piste réservée à l'enregistrement du signal SMPTE (qui comme sur les DAT, prend place au niveau des « subcodes »). Après réception de ce code interne ou externe, notre générateur se chargera de le remettre en forme, avant de le véhiculer vers la sortie LTC du RD-8 (histoire d'asservir des machines externes), ou en direction de cette fameuse neuvième piste (histoire de « stripper » la bande, comme on dit vulgairement).

L'intérêt principal du synchroniseur, au cas où ces quelques lignes vous auraient paru un rien abstraites, réside bien entendu dans la possibilité d'asservir le RD-8 à tout appareil générant du SMPTE (banc de montage vidéo, magnétoscope, DtD, multipiste analogique, etc.). Ce code externe maître, acheminé au générateur, sera alors comparé au choix soit à l’ « absolute time », soit au code enregistré sur la neuvième piste. Est-ce suffisamment limpide ?

Divers

Pour leur part, les convertisseurs sont susceptibles, soit de se référer à l'horloge interne du Fostex, soit d'être asservis au choix à un code SMPTE LTC, à un signal vidéo (reconnaissance automatique des formats PAL, SECAM, NTSC) ou à un signal word clock (provenant de la prise BNC, voire du connecteur optique, c'est-à-dire du bus numérique huit pistes). Sur un autre plan, le RD-8 répond aux ordres qu'il reçoit directement depuis son panneau avant, et/ou à distance, depuis l'une des trois sources suivantes : ADAT (pour être esclave d'un autre RD-8, d'un ADAT ou d'une BRC, ce qui exclut de facto toute autre forme de synchronisation), MIDI (protocole MIDI Machine Control) et RS-422 (qui comme nous l'avons vu, véhicule aussi du code).

Pour en revenir au MIDI, Fostex, depuis le MTC-1, a prouvé maintes fois son aisance à l'implanter sur des machines tournantes. Le RD-8 ne fait pas exception à la règle, puisqu'il émet et reçoit les messages MMC (l'idéal, pour télécommander le transport du magnétophone, les fonctions de localisation, de sélection des pistes à enregistrer… à partir d'un séquenceur) et convertit le signal dirigé par le générateur vers la sortie LTC sous forme MTC (l'idéal, pour asservir ce même séquenceur). Un potentiel, qui chez Tascam, nécessite d'investir dans une carte SY-88 (compatibilité MTC et MMC), et chez Alesis, dans une BRC (émission de messages MTC, d'horloges MIDI, de SPP…), un dataSync JLCooper (émission de messages MTC, MMC…) ou un ACI Steinberg (émission de messages MTC, réception de messages MMC….). La fameuse TOC, qui autorise le stockage de tous les paramètres du RD-8 en début de bande (cette « Table of Contents », même si elle contient plus de paramètres que pour l'ADAT, est compatible BRC), peut également se « dumper » via MIDI.

Pour finir

Jusqu'à présent, en présentant un enregistreur, tout magazine qui se respecte devait se fendre d'un petit couplet sur la qualité audio. Aujourd'hui, avec les produits numériques de dernière génération, ce genre de considérations n'a plus vraiment lieu d'être : comme tous ses homologues, le RD-8 sonne extrêmement bien, merci. Quant aux résultats des différents tests que nous aurions aimé effectuer si nous en avions eu le temps (lire une portion de bande en boucle pendant plusieurs heures, « puncher » vingt fois de suite au même endroit), sans doute auraient-ils étrangement ressemblé à ceux de l'ADAT… et pour cause.

En optant pour des fonctions ciblées « postproduction », plutôt que de vouloir contenter tout le monde (studios, home studios et les autres), le RD-8 n'éprouvera sans doute aucune difficulté à s'immiscer dans l'univers du son à l'image. Et que demande le peuple, puisque tel est sa destination première ?

 

FONCTIONS AVANCÉES

Les voies de la postproduction sont impénétrables, et les méthodes de travail, presqu'aussi nombreuses qu'il existe d'ingénieurs. A l'attention des professionnels de la profession – amis des encadrés pénibles à lire, bonjour –, voici quelques-unes des fonctions avancées du RD-8.

• Possibilité d'inscrire sur la piste audio d'un magnétoscope un code SMPTE dont la génération se synchronise sur les frontières d'image du signal vidéo.

• Chase mode once : le RD-8 se cale en fonction d'un signal SMPTE, puis, une fois calé, s'asservit aux frontières d'image du code, sans se soucier de l'heure indiquée.

• Slew rate (slow/fast) : détermine la vitesse à laquelle le RD-8, en mode esclave, se recalera après avoir constaté un écart entre son code temporel et celui du maître. Une vitesse lente aura pour effet de rendre moins flagrants les accélérations et les ralentissements.

• Frame rate (en lecture) : possibilité d'émettre le code SMPTE couché sur la neuvième piste du RD-8, avec un nombre d'images par seconde différent (même Gérard Majax éprouvait des difficultés à réaliser ce célèbre tour de passe-passe).

• Pull up & down (fonction non encore opérationnelle) : accélère ou ralentit de 0,1 % la fréquence d'échantillonnage, sans modifier la vitesse de la bande (ni par conséquent celle du code SMPTE enregistré). Cette opération de haut vol est à utiliser lors de l'asservissement à une vidéo NTSC d'une bande son préalablement conçue en synchronisation à un film, et réciproquement.

• Capture : calcul automatique de l'offset à partir de la différence entre le code SMPTE reçu et la référence « absolute time » du RD-8.

• User bits : possibilité, au niveau des bits utilisateur d'un code interne ou externe SMPTE reçu par le générateur, d'inscrire soit huit caractères alphanumériques (numéro de bande…), soit la date/l'heure fournie par le RD-8, sous forme AA/MM/JJ/HH, MM/JJ/HH/MM ou JJ/ HH/MM/SS.

Les plus : tout ce qui fait l’ineffable joie des possesseurs d’ADAT, la synchro en plus (sans oublier toutes les possibilités qu’offre le RD-8 tel quel, sans télécommande : locators, auto punch…)

Les moins : l’absence de molette shuttle, d’interface SDIF-2, pour transférer huit pistes d’un seul coup d’un seul entre un RD-8 et un DASH (présente chez Tascam), de prise MIDI Thru (franchement, au prix de la DIN cinq broches…). Le peu de convivialité des menus.

FICHE TECHNIQUE
Marque : Fostex
Type : magnétophone numérique avec synchroniseur intégré
Nombre de pistes : 8 + absolute time + SMPTE
Support : cassette S-VHS
Nombre de têtes : 4 (2 en lecture, 2 en enregistrement)
Durée d'enregistrement : 40 ou 53 minutes (cassette S-120 ou S-160)
Résolution : 16 bits linéaire
Fréquence d'échantillonnage : 44,1 ou 48 kHz
Convertisseurs A/D : 1 par canal, 16 bits delta-sigma, suréchantillonnage x 64
Convertisseurs D/A : 1 par canal, 18 bits
Réponse en fréquence : 20 - 20 000 Hz, ± 0.5 dB
Distorsion : 0.009 %
Diaphonie : < 90 dB à 1 kHz
Dynamique : 92 dB
Délai par piste : jusqu'à 170 millisecondes
Cue/review : vitesse nominale x 3
Avance/retour rapide : vitesse nominale x 10 (bande « engagée »), x 20 (bande « désengagée »)
Varispeed : ± 6 %
Locators : 100 + 2 (punch-in/out) + locate zero
Entrées/sorties analogiques : asymétriques - 10 dB (RCA), symétriques + 4 dB (D-Sub 25 broches)
Entrées/sorties numériques : optiques (8 canaux au format ADAT)
Connecteurs divers : sync in/out (cascade ADAT/RD-8, BRC), SMPTE LTC in/out, word clock in/out, RS-422 (protocole Sony), video/VITC in, MIDI in/out, entrées jacks (pédales locate/play, punch-in/out, télécommande 8312)
Dimensions : 132 x 482 x 355 mm (rack 3U)
Poids : 9 kg
Accessoires fournis : télécommande 8312

 Test réalisé par Christian Braut en avril 1994 (Keyboards n°76)

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